Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/69

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
27
LE ROSE ET LE VERT


perdu ce beau surnom de la dédaigneuse que lui avaient donné ses amies les jeunes filles de Kœnigsberg, et je n'en suis pas fâchée : ton pauvre père désirait tant trouver à te marier avant que tu eusses vingt ans !

Mais Mina ne souriait point, Madame Wanghen ajouta d’un air plus sérieux :

— On t’aimait, on ne t'aime plus ; ou plutôt tu auras effrayé par quelqu’une de ces idées singulières qui grâce au ciel ne te manquent point, et l’on t’aime moins?

— Tu vas te moquer de moi, chère maman, et m'appeler encore bizarre, c'est pourquoi je n'ose presque parler, mais ces jeunes gens me font horreur.

— Comment horreur ! dit Madame Wanghen en riant ; c'est-à-dire que l’un d’eux t’inspire des sentiments de colère, peut-être a-t-il un ami qui lui a donné de mauvais conseils ?

— J’ai honte de te dire ce que je pense, dit Mina animée par le sentiment de courage satisfait que lui donnait la hardiesse d’avoir enfin osé rompre la glace sur cet étrange sujet. Non, chère maman, ce sont tous ces jeunes gens, pris en masse qui me font horreur : j’ai lieu de croire par leurs mines, par leurs petits bouquets tous composés de lilas qu’ils auront su par mes amies être ma couleur favorite,