Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/83

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
41
LE ROSE ET LE VERT

Quelques jours après, Mina et sa mère partirent pour Londres, mais arrivées à Hambourg, elles trouvèrent qu’un si long trajet de mer était impossible et prirent bravement la poste pour Calais, c'est-à-dire pour Paris.

Le banquier hambourgeois, correspondant de la maison Wanghen, avait la plus haute considération pour la veuve de Pierre Wanghen et surtout pour une fille dont la dot montait à sept millions. Voyant les dames Wanghen déterminées à aller passer trois mois à Paris, il leur procura d’excellentes lettres de recommandation. M. le chargé d’affaires de France à Berlin, fort lié avec le banquier de Hambourg, recommanda ces dames à sa famille et même au Ministre des Affaires Étrangères.

Pour débuter sur un bon pied auprès de la Banque de Paris, Madame Wanghen prit un crédit de 100.000 francs par mois. [1] C'était bien l’Allemande la plus gaie et la meilleure, mais elle savait l’art de se faire bien venir.

— Nous allons donc voir cette jolie France, maman, s'écriait Mina, ivre de joie. À Paris, nous serons comme tout le monde, en Prusse nous n'aurions jamais

  1. Stendhal note en marge : « Tout le contraire, puisque Mina espère passer pour pauvre à Paris. » N.D.L.E.