Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/84

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
42
ROMANS ET NOUVELLES


été que des êtres inférieurs : la femme et la fille d’un marchand !

— Mais, chère Mina, tu calomnies un peu ton pays, répondait Madame Wanghen. Tu sais bien que le comte von Landek se porte pour amoureux de toi, qu’un autre comte de Berlin fort riche et plus jeune nous a fait faire des propositions honorables.

— Oui, ce jeune comte qui veut devenir ministre ! j’entendrais plaindre mon mari d’avoir été réduit par ses projets de haute ambition à épouser une petite bourgeoise. Il faudrait rougir à chaque instant et je ne sais pas si mon futur mari n'entreprendrait pas de te marier aussi, toi, chère maman, à quelque noble, afin de n'entendre pas ce simple nom de Madame Wanghen répété sans cesse par ses laquais à ton entrée dans nos salons. Cette idée ferait peut-être de moi une mauvaise femme, je verrais un rival dans mon mari, mais très certainement elle me rendrait malheureuse, et par conséquent tu le serais aussi, maman.

— Je ne pense jamais à l’orgueil, ma chère amie, et je ne fais attention qu’aux positions réelles ; d’ailleurs, je suis toute accoutumée à n'être qu’une riche bourgeoise, et pendant dix ans, quand ton père a commencé, je n'étais même qu’une bourgeoise tout simplement.