Page:Stendhal - Vie de Napoléon.djvu/100

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fois l’ordre et me pressa de le signer, avec toute l’énergie dont il est capable. J’étais environné d’assassins que je ne pouvais découvrir. Je ne cédai que quand je fus convaincu de la nécessité.

Je pouvais facilement arranger l’affaire avec le duc de Bade. Pourquoi devais-je souffrir qu’un individu, résidant sur la frontière de mon empire, pût commettre librement un crime qui, un mille plus près de moi, l’eût conduit à l’échafaud. Ne vis-je pas dans cette circonstance le principe d’après lequel a agi votre gouvernement lorsqu’il ordonna la capture de la flotte danoise ? J’avais les oreilles rebattues de cette maxime que la nouvelle dynastie ne serait jamais établie tant qu’il resterait un Bourbon. Talleyrand ne déviait jamais de ce principe. C’était le fondement, la pierre angulaire de son credo politique. J’examinai cette idée avec une extrême attention, et le résultat de mes réflexions fut de me ranger entièrement à l’opinion de Talleyrand. Le juste droit de ma défense personnelle, le juste soin de la tranquillité publique[1] me décidèrent contre le duc d’Enghien. J’ordonnai qu’il fût arrêté et jugé. Il fut condamné à mort

  1. Voir les massacres de Nîmes. La meilleure histoire est celle d’un ministre protestant de Londres, M… Voyez Lyon en 1817, par le colonel Fabyler.