Page:Stendhal - Vie de Napoléon.djvu/99

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Cadoudal s’écria : « Si ce n’est donc pas pour moi, je suis pour les Bourbons, et si ce n’est ni pour eux ni pour moi, bleus pour bleus, j’aime autant que ce soit Bonaparte que vous. » Quand Moreau fut arrêté et interrogé il répondit d’abord avec hauteur, mais, quand on lui présenta le procès-verbal de cette conversation, il s’évanouit.

« L’objet du complot, continua Napoléon, était ma mort, et, s’il n’avait pas été découvert, il aurait réussi. Ce complot venait de la capitale de votre pays. Le comte d’Angoumois était à la tête de l’entreprise[1]. Il envoya à l’Ouest le duc de Bourgogne[2] et à l’Est le duc d’Enghien. Vos vaisseaux jetaient sur les côtes de France les agents subalternes de la conspiration. Le moment pouvait être décisif contre moi ; je sentis chanceler mon trône. Je résolus de renvoyer la foudre aux Barmécides[3], fût-ce même dans la métropole de l’empire britannique.

Les ministres me pressaient de faire arrêter le duc d’Enghien, quoique habitant un territoire neutre. J’hésitais toujours. Le prince de Bén[évent] m’apporta deux

  1. Warden, p. 147.
  2. M. Boyer fait remarquer que c’est par prudence que Stendhal a travesti les noms du comte d’Artois et du duc de Berry. N. D. L. É.
  3. Les Bourbons, bien entendu. N. D. L. É.