Page:Stendhal - Vie de Napoléon.djvu/111

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la moindre croyance à l’histoire de la conspiration ; le premier consul fut regardé comme ayant assassiné gratuitement le duc d’Enghien, et comme se croyant assez mal affermi pour avoir eu peur de l’influence de Moreau. Malgré ces inconvénients, je crois que Napoléon tyran faisait bien d’enchaîner la presse. La nation française a une heureuse particularité : chez elle, l’immense majorité pensante est formée de petits propriétaires à vingt louis de rente. Cette classe est seule en possession aujourd’hui de l’énergie, que la politesse a détruite dans les rangs les plus élevés. Or cette classe ne comprend et ne croit à la longue, que ce qu’elle lit imprimé ; les bruits de société expirent avant de lui arriver ou s’effacent bientôt de sa mémoire. Il n’y avait au monde qu’un moyen de la rendre sensible à ce qu’elle ne lit pas imprimé ; c’était de l’alarmer sur les biens nationaux. Quant à Moreau, il fallait employer ce général, le mettre dans des circonstances où sa faiblesse parût dans tout son jour. Par exemple, lui faire perdre sa gloire par quelque expédition dans le genre de celle de Masséna en Portugal.