Page:Stendhal - Vie de Napoléon.djvu/125

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choisir, parmi les familles royales de l’Europe, une femme qui pût lui donner un fils. On eut à Schœnbrunn l’idée de lui faire épouser une archiduchesse. Il en fut extrêmement flatté. Le 2 avril 1810, il reçut la main de la fille des Césars. Ce jour, le plus beau de sa vie, il fut sombre comme Néron. Il était jugulé par les bons mots des Parisiens (jamais archiduchesse n’a fait de mariage civil [si vil]) et par la résistance des cardinaux. Le 20 mars 1811, il eut un fils : Napoléon-François-Charles-Joseph. Cet événement lui attacha à jamais la nation. L’enthousiasme fut à son comble à Paris au vingt et unième coup de canon. Ce peuple, si glacé par la crainte du ridicule, applaudissait tout haut dans les rues. Dans la campagne, on parla plus que jamais de l’étoile de l’empereur. Il était revêtu de tous les prestiges de la fatalité.

Puisqu’il renonçait à être le fils de la Révolution, et qu’il ne voulait plus être qu’un souverain ordinaire, répudiant l’appui de la nation, il fit fort bien de s’assurer celui de la famille la plus illustre de l’Europe[1]. Quelle différence pour lui s’il se fût allié à la Russie !

  1. Ironie pour 1814.