Page:Stendhal - Vie de Napoléon.djvu/177

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CHAPITRE XLV


Treize ans et demi de succès firent d’Alexandre le Grand une espèce de fou. Un bonheur exactement de la même durée produisit la même folie chez Napoléon. La seule différence, c’est que le héros macédonien eut le bonheur de mourir. Quelle gloire n’eût pas laissée Napoléon comme conquérant, s’il eût rencontré un boulet, le soir de la bataille de la Moskowa !

L’Angleterre et ses écrits pouvaient empêcher la folie du héros moderne. Il eut le malheur d’être trop bien obéi dans sa fureur contre la presse anglaise. Aujourd’hui c’est cette ennemie si abhorrée qui fait sa seule consolation.

En 1808, par les changements qu’un orgueil non contrarié depuis huit ans et la couronnomanie avaient produite dans le génie de Napoléon, il arriva que, de ses douze ministres, huit au moins étaient des gens médiocres qui n’avaient d’autre mérite que de se tuer de travail.

Le duc de Bassano qui jouissait de la plus grande influence dans les affaires