Page:Stendhal - Vie de Napoléon.djvu/202

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des hommes, devint peu à peu le tyran du Conseil d’État. On sentit le manque d’honnêtes gens ; non pas qu’on se laissât acheter (il n’y avait guère de probité douteuse que celle de Regnault), mais il manquait de ces honnêtes gens un peu bourrus que rien ne peut empêcher de dire une vérité qui déplaît aux ministres.

Les frères Caffarelli étaient de ce caractère, mais tous les jours, cette vertu devenait plus gothique et plus ridicule. Il n’y avait guère plus que les comtes Defermon et Andreossy qui, portés par leur caractère taquin, osassent ne pas être à genoux devant les projets des ministres. Ceux-ci mettant leur vanité à faire passer les projets de décrets de leurs bureaux, peu à peu les conseillers d’État étaient remplacés par les commis, et les projets de décrets n’étaient plus discutés que par l’empereur au moment de les signer.

Enfin, à la chute de l’empire, ce Conseil d’État qui avait créé le Code civil et l’administration française était devenu presque insignifiant et ceux qui voyaient de loin dans les projets des ministres, parlaient de le détruire.

Vers la fin de son règne, l’empereur tenait souvent conseil des ministres ou conseil de cabinet, auquel on appelait quelques sénateurs et quelques conseillers