Page:Stendhal - Vie de Napoléon.djvu/208

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


mouvement d’enthousiasme, qu’un peuple ou un individu peut renoncer à une ancienne habitude. À la chute de la Terreur, on vit les Français revenir avec fureur aux plaisirs de société[1]. Ce fut dans les salons de Barras que Bonaparte entrevit pour la première fois les plaisirs délicats et enchanteurs que peut donner une société perfectionnée. Mais, comme cet esclave qui se présentait au marché d’Athènes chargé de pièces d’or et sans monnaie de cuivre, son esprit était d’une nature trop élevée, son imagination trop enflammée et trop rapide pour qu’il pût jamais avoir des succès dans un salon. D’ailleurs il y arrivait à 26 ans, avec un caractère formé et inflexible.

À son retour d’Égypte dans les premiers moments, la cour des Tuileries fut une soirée de bivouac. Il y avait la franchise, le naturel, le manque d’esprit. Mme Bonaparte seule faisait apparaître les grâces, comme à la dérobée. La société de sa fille Hortense et sa propre influence adoucirent peu à peu le caractère de fer du premier consul. Il admira la politesse et les formes de M. de Talleyrand. Celui-ci dut à ses manières une liberté étonnante[2].

  1. Les bals des victimes, les salons de Tallien.
  2. L’anecdote des cerises : « Votre Majesté a les plus belles cerises de son empire. »