Page:Stendhal - Vie de Napoléon.djvu/213

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suivi et il le suivit avec un respect bien ridicule en soi. Aussitôt les cent plus grandes familles de France allèrent prier M. de Talleyrand de les forcer à entrer à la cour. L’empereur étonné dit : « J’ai voulu avoir la jeune noblesse dans mes armées, je n’en ai pu trouver. »


Napoléon rappela aux grandes familles qu’elles étaient grandes sans lui ; elles l’avaient oublié. Mais il était obligé, comme il l’a avoué depuis, de céder à cette faiblesse avec la plus extrême prudence : « Car toutes les fois que je touchais cette corde, les esprits frémissaient comme un un cheval à qui on serre trop la bride. » Il choquait la passion unique du peuple français : la vanité. Tant qu’il n’avait choqué que la liberté, tout le monde avait admiré.

Napoléon, pauvre et tout appliqué à des choses sérieuses dans sa jeunesse, était cependant bien loin d’être indifférent pour les femmes. Son extérieur extrêmement maigre, sa petite taille, sa pauvreté n’étaient pas faits pour lui procurer de la hardiesse et des succès. Il fallait là du courage en petits paquets. Je ne serais pas étonné de penser qu’il fût timide auprès des femmes. Il craignait leurs plaisanteries ; et cette âme