Page:Stendhal - Vie de Napoléon.djvu/214

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


inaccessible à la crainte, se vengea d’elles, au jour de sa puissance, en exprimant sans cesse et crûment un mépris dont il n’eût pas parlé, s’il eût été réel. Avant sa grandeur, il écrivait à son ami, l’ordonnateur Rey, à propos d’une passion qui captivait Lucien : « Les femmes sont des bâtons boueux ; on ne peut les toucher sans se salir. » Il voulait indiquer, par cette image inélégante, les fautes de conduite où elles entraînent : c’était une prédiction. S’il haïssait les femmes, c’est qu’il craignait souverainement le ridicule qu’elles distribuent. Se trouvant à dîner avec Mme de Staël, qu’il lui eût été si facile de gagner, il s’écria grossièrement qu’il n’aimait que les femmes qui s’occupent de leurs enfants. Il voulut avoir et il eut, dit-on, par son valet de chambre Constant[1], presque toutes les femmes de sa cour, une d’elles, nouvellement mariée, le second jour qu’elle parut aux Tuileries, disait à ses voisines : « Mon Dieu, je ne sais pas ce que l’empereur me veut ; j’ai reçu l’invitation de me trouver à huit heures dans les petits appartements. » Le lendemain, les dames lui demandant si elle avait vu l’empereur, elle rougit extrêmement.

  1. Exactement traduit des ouvrages de Goldsmith.