Page:Stendhal - Vie de Napoléon.djvu/215

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L’empereur assis à une petite table, l’épée au côté, signait des décrets. La dame entrait ; il la priait de se mettre au lit, sans se déranger. Bientôt il la reconduisait lui-même avec un bougeoir et se remettait à lire ses décrets, à les corriger, à les signer. L’essentiel de l’entrevue ne durait pas trois minutes. Souvent son mameluck se trouvait derrière un paravent[1]. Il eut seize entrevues de ce genre avec Mlle George, et, à l’une d’elles, lui donna une poignée de billets de banque. Il s’en trouva quatre-vingt-seize. Cela fut arrangé par le valet de chambre Constant ; quelquefois il priait la dame d’ôter sa chemise et, sans se déranger, la renvoyait.

Par cette conduite, l’empereur désespéra les femmes de Paris. Les renvoyer au bout de deux minutes pour signer ses décrets, souvent ne pas même quitter son épée, leur parut atroce. C’était leur faire mâcher le mépris. Il eût été plus aimable que Louis XIV, s’il eût voulu se donner la moindre apparence d’une maîtresse et lui jeter deux préfectures, vingt brevets de capitaines et dix places d’auditeurs à distribuer. Qu’est-ce que cela lui faisait ?

  1. Ce mameluck et Constant ont eu vingt mille livres de rente de leur maître, ont été ingrats et ne l’ont pas même suivi à l’île d’Elbe. Ils jouissent de leur fortune à Paris.