Page:Stendhal - Vie de Napoléon.djvu/216

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Ne savait-il pas que, sur les présentations de ses ministres, il nommait quelquefois les protégés de leurs maîtresses ?

Il fut dupe de l’apparence de faiblesse. C’était comme celle pour la religion ; un politique devait-il nommer faiblesse ce qui lui eût donné toutes les femmes ? Il n’y eût pas eu tant de mouchoirs blancs à l’entrée des Bourbons.

Mais il haïssait, et la crainte ne raisonne pas. La femme d’un de ses ministres commet une faute unique ; il a la barbarie de le lui dire. Ce pauvre homme, qui adorait sa femme, tombe évanoui. « Et vous, Maret, croyez-vous n’être pas c… ? Votre femme a eu mercredi dernier le général Pir. »

Rien n’était plus insipide, et, l’on peut dire, plus bête, que ses questions aux femmes dans les bals que donnait la ville. Cet homme charmant avait alors le ton sombre et ennuyé. « Comment vous appelez-vous ? Que fait votre mari ? Combien avez-vous d’enfants ? » Quand il voulait combler la mesure de la distinction, il passait à la quatrième question : « Combien avez-vous de fils ? »

Pour les dames de la cour, le comble de la faveur était d’être invitées au cercle de l’impératrice. Lors de l’incendie chez le prince Schwartzemberg, il voulut ré-