Page:Stendhal - Vie de Napoléon.djvu/220

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été aimable[1] ; on ne pouvait pas certes en dire autant de MM. de Montesquiou, de Beauharnais, de Turenne, ni même de ce pauvre Duroc qui, à ce qu’on croit, tutoyait l’empereur dans le particulier. Rien de plus insipide que la tourbe des écuyers et des chambellans. De ceux-ci on n’en voyait guère qu’une douzaine dans l’antichambre des palais et toujours les mêmes figures, et il n’y avait rien là qui pût rompre l’ennui de la cour. Je ne serais pas étonné que l’empereur, totalement étranger à l’esprit amusant, n’eût [eu] de l’éloignement pour les gens de ce caractère, si indispensables dans une cour, si l’on veut que la cour rivalise avec la ville. Tous les hommes de la cour de Saint-Cloud étaient les plus honnêtes gens du monde. Il n’y avait nulle noirceur dans cette cour dévorée d’ambition ; il n’y avait que de l’ennui, mais il était assommant. L’empereur n’était jamais qu’un homme de génie. Il n’était pas dans sa nature de pouvoir s’amuser. Un spectacle l’ennuyait, ou il le goûtait avec une

  1. Il fut chargé par le maître de composer l’étiquette du palais impérial, volume de 306 pages, chez Galand, 1808, et d’injurier la philosophie à l’Institut le jour de la réception du comte de Tracy. Il était plaisant de voir avec quelle hauteur de phrases le grand chambellan gourmandait cette pauvre philosophie. En 1817, n’ayant pas de place, le grand chambellan s’est fait libéral*.

    * True, but supprimer.