Page:Stendhal - Vie de Napoléon.djvu/28

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CHAPITRE V


Vaut-il la peine de rapporter les objections des gens qui se croient délicats et qui ne sont que faibles ? Ils disent que le ton avec lequel le général Bonaparte offrit la liberté aux Italiens, était celui de Mahomet prêchant l’Alcoran le sabre à la main. Les convertis étaient loués, protégés, comblés d’avantages ; les infidèles livrés sans pitié au pillage, aux exécutions militaires, à tous les fléaux de la guerre. C’est lui reprocher d’avoir employé de la poudre pour faire partir ses canons. On lui objecte la destruction de Venise. Mais fut-ce donc une république qu’il détruisit ? C’était un gouvernement inique et avilissant, une aristocratie à chef faible, comme les autres gouvernements de l’Europe sont des aristocraties à chef fort. Ce peuple aimable a été choqué dans ses habitudes ; mais la génération suivante eût été mille fois plus heureuse sous le royaume d’Italie. Il est assez probable que la cession des États de Venise à la maison d’Autriche était un article secret des préliminaires de Leoben, et que les