Page:Stendhal - Vie de Napoléon.djvu/297

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


tion d’Angleterre en 1688, notre charte eût satisfait tout le monde. Le peuple français est trop enfant pour y regarder de si près. D’ailleurs cette charte est passable, et, si jamais elle est exécutée, la France sera très heureuse, plus heureuse que l’Angleterre. Il est impossible dans ce siècle de faire une mauvaise charte ; il n’est aucun de nous qui en demi-heure n’en écrive une excellente. Ce qui eût été le dernier effort du génie du temps de Montesquieu, aujourd’hui est un lieu commun. Enfin toute charte exécutée est une bonne charte[1].

Il suffisait pour mettre le trône du plus sage et du meilleur des princes à l’abri des tempêtes, que le peuple crût qu’on voulait sincèrement la charte. Mais c’est ce dont les prêtres et les nobles firent tout au monde pour le dissuader.

Cent mille prêtres et cent cinquante mille nobles furieux n’étaient surveillés, comme tout le reste de la nation, que par huit imbéciles qui ne pensaient qu’au cordon bleu. Les nobles voulaient et veulent leurs biens. Quoi de plus simple que de leur rendre l’équivalent en rentes sur l’État ? Par là ces gens, qui n’ont point d’opinion et n’ont que des intérêts, étaient

  1. Idée de B[enjamin] Constant.