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LIII.

LE HÉRON


Un héron jeune encore et d’un col magnifique
Côtoyait un étang, un jour qu’il faisait beau,
Lorsqu’il vit un brochet qui folâtrait sur l’eau :
« Foi de héron, dit-il, ce poisson est étique.
« Laissons là le crétin, je sors de déjeuner.
« Ce n’est, dans tous les cas, qu’un petit sacrifice,
« Et puis, je suis d’avis qu’un léger exercice,
« Avant chaque repas, me fait mieux digérer. »
Bref, quelque temps après, ce héron difficile
Sentit qu’il avait faim : « retournons sur nos pas,
« Se dit-il, ce brochet que j’ai trouvé débile
« À la première vue, est peut-être assez gras… »
Il court, mais n’aperçoit qu’une tanche dorée ;
« Fi ! des tanches pour moi ?… passe pour un butor,
« Ou d’ignobles corbeaux qu’on voit à la curée
« Se disputer entre eux les os pourris d’un mort…
« Allons chercher ailleurs, je trouverai, sans doute,
Quelque carpe bien grasse ou tout autre poisson
« Pour me dédommager des peines de la route.
Le soleil cependant fuyait à l’horison,
Et le héron poudreux, fatigué, tout en nage,
       Mourant presque de faim,
S’estima bien heureux d’avoir un coquillage.