Page:Stirner - L’Unique et sa propriété.djvu/455

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


son essence n’apparaît comme une tâche, c’est-à-dire comme un concept qu’elle a à réaliser. Elle se réalise elle-même par le fait même qu’elle cesse de vivre, c’est-à-dire par le fait qu’elle se résout, qu’elle disparaît. Elle ne demande pas à devenir autre chose que ce qu’elle est.

Vais-je donc vous conseiller d’égaler les animaux ? Je ne puis vraiment pas vous encourager à devenir des bêtes, car ce serait encore là une tâche, un idéal. (« L’abeille peut te servir de modèle pour l’activité »). Ce serait la même chose que si l’on désirait que les bêtes devinssent des hommes. Votre nature est, une fois pour toute, humaine, vous êtes des natures humaines, c’est-à-dire des hommes. Mais précisément parce que vous l’êtes déjà, vous ne le pouvez devenir. On « dresse » aussi les animaux et les animaux dressés font toutes sortes de choses qui ne leur sont pas naturelles. Seulement un chien dressé ne vaut pas mieux à son point de vue qu’un chien naturel, et il n’en a aucun avantage, bien qu’il soit pour nous d’un commerce plus agréable.

De tout temps les efforts ont tendu à « former des êtres » moraux, raisonnables, pieux, humains, etc., j’appelle cela du dressage. Ils échouent contre le moi incoercible, contre la nature propre, contre l’égoïsme. Les hommes ainsi dressés n’atteignent jamais leur idéal et ne reconnaissent que des lèvres les principes supérieurs, ou ils font une confession, une profession de foi. En face de cette profession de foi ils doivent dans la vie « se reconnaître tous pour pécheurs », ils demeurent en arrière de leur idéal, ce sont « de faibles hommes » qui agissent en ayant conscience de « la faiblesse humaine ».