Page:Stirner - L’Unique et sa propriété.djvu/456

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C’est autre chose quand, au lieu de poursuivre un idéal comme étant ta « destination », tu te résous comme le temps résout toute chose. Cette résolution de ton être n’est pas ta « destination », parce qu’elle est le présent.

Cependant l’éducation, la religiosité des hommes les a faits libres, mais libres d’un maître pour les conduire à un autre. J’ai appris par la religion à dompter mes passions, je brise la résistance du monde par les artifices que la science a mis entre mes mains ; je ne sers même aucun homme « je ne suis le valet d’aucun homme ». Mais alors vient ceci : Tu dois obéir à Dieu avant d’obéir à l’homme. De même je suis en vérité libre des impulsions irraisonnées de mes instincts, mais j’obéis à la souveraine Raison. J’ai gagné « la liberté spirituelle », « la liberté de l’esprit », mais précisément par là je suis tombé dans la sujétion de l’esprit. L’esprit me commande, la raison me guide, ils sont mes conducteurs et dominateurs. Ce sont les « Raisonnables », les « serviteurs de l’esprit » qui ont la souveraineté. Mais si je ne suis pas chair, je ne suis pas non plus esprit. Liberté de l’esprit est servitude du moi, parce que je suis plus qu’esprit ou que chair.

Sans doute l’éducation m’a fait fort. Elle m’a donné la puissance sur toutes les impulsions, aussi bien sur les instincts de ma nature que sur les exigences et la force brutale du monde. Je sais, et l’éducation m’en a donné la force, que je ne dois me laisser contraindre par aucune de mes passions, de mes convoitises, de mes ardeurs ; je suis leur maître. De même par les sciences et les arts je suis le maître de ce monde indocile, un maître auquel la mer et la terre obéissent, auquel les étoiles même doivent des explica-