Page:Stirner - L’Unique et sa propriété.djvu/491

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mon bouclier sur la dépouille mortelle de mes pensées et de ma foi, souriant, je triompherai si je suis battu. Telle est précisément l’humour de la cause. Quiconque a des « sentiments plus élevés » peut s’épancher librement sur les petitesses des hommes, quant à moi je les laisse jouer des « grandes pensées, des sentiments sublimes, des nobles enthousiasmes et de la sainte foi », car je suis le propriétaire de tout.

Si la religion a établi ce principe que nous sommes tous pécheurs, je lui oppose celui-ci : nous sommes tous parfaits ! Car nous sommes à tout instant tout ce que nous pouvons être et nous n’avons jamais besoin d’être plus. Comme il n’y a aucune lacune en nous, le péché aussi n’a aucun sens. Montrez-moi encore un pécheur au monde si personne n’a plus à satisfaire à un être supérieur ! Si je n’ai qu’à me contenter moi-même, je ne suis pas pécheur quand je ne le fais pas, car je ne blesse en moi rien de sacré ; dois-je au contraire être pieux il me faut agir au gré de Dieu, dois-je me comporter en homme, je dois satisfaire à l’essence de l’homme, à l’idée d’humanité, etc. Celui que la religion appelle « pécheur », l’humanité le nomme « égoïste ». Mais, encore une fois, si je n’ai besoin de satisfaire personne autre, l’« égoïste » en qui renaît, pour l’humanité, un diable d’un nouveau genre, est-il autre chose qu’un non-sens ? L’égoïste devant lequel tremblent les « humains » est aussi bien un fantôme que le diable : il n’existe que dans leurs cerveaux comme spectre et sous des formes de pure fantaisie. S’ils n’avaient pas erré çà et là d’un pôle à l’autre de l’opposition du bien et du mal des vieux Francs qu’ils désignent aujourd’hui respectivement sous les noms d’« humain » et d’« égoïstique » ils n’auraient pas rajeuni en « égoïste » le « pécheur » passé de mode, et