Page:Stirner - L’Unique et sa propriété.djvu/80

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hommes, il en est ainsi, l’humanité entière m’apparaît comme une maison de fous. Qu’appelle-t-on « idée fixe ? » une idée qui s’est assujetti l’homme. Si vous reconnaissez dans cette idée fixe une folie, vous enfermez son esclave dans une maison de fous. Or la vérité de la foi dont on ne doit pas douter, la majesté — du peuple par exemple — à laquelle on ne doit pas toucher — celui qui le fait commet le crime de lèse-majesté — la vertu, contre laquelle la censure défend le moindre mot afin que la moralité se conserve pure, ne voilà-t-il pas des « idées fixes ? » Tout l’inepte bavardage de la plupart de nos journaux, n’est-ce pas incohérences de fous, qui souffrent de l’idée fixe, moralité, légalité, christianisme, etc., et qui paraissent s’agiter librement parce que l’asile d’aliéné où ils se démènent occupe un large espace ? Touchez un peu à l’idée fixe, il vous faudra aussitôt vous garer contre les coups perfides de notre aliéné devenu fou furieux. Car en cela aussi ces grands fous furieux sont semblables aux petits et ils tombent en traître sur celui qui touche à leur idée fixe. Ils lui volent d’abord ses armes, ils lui ravissent ensuite la liberté de la parole, puis ils s’acharnent sur lui avec leurs ongles. Chaque jour révèle la lâcheté et la soif de vengeance de ces insensés, et le peuple stupide acclame leurs folles mesures. Il faut lire les quotidiens de cette période, il faut entendre parler de philistin pour acquérir l’affreuse conviction que l’on est enfermé avec des fous dans une maison d’aliénés. « Tu ne dois pas traiter ton frère de fou, etc. » Mais moi, je ne crains pas d’être maudit et je dis : mes frères sont fous à lier. Qu’un pauvre fou d’une maison de santé soit possédé de la manie de se croire Dieu le Père, l’empereur du Japon ou le Saint-Esprit ou qu’un citoyen