Page:Stirner - L’Unique et sa propriété.djvu/83

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celui qui vit dans la bigamie doit être puni comme criminel, celui qui pratique l’inceste est frappé comme criminel. Là-dessus sont unanimes ceux qui sans cesse proclament que, dans l’État, il ne faut pas faire attention aux religions, et que le juif doit être citoyen de l’État au même titre que le chrétien. Cet inceste et cette monogamie ne sont-ils pas articles de foi ? Touchez-y et vous verrez que cet homme moral sera aussi un héros de la foi, quand même il y aurait un Philippe II pour courber les consciences. Les autres combattent pour la foi de l’Église, lui pour la foi de l’État ou pour la loi morale de l’État ; les uns et les autres condamnent celui qui agit autrement que ne le permet leur foi. Il est marqué de la flétrissure du « crime » et doit languir dans des maisons de correction, dans les fers. La foi morale est aussi fanatique que la foi religieuse ! On dit qu’il y a « liberté de conscience » quand des frères et des sœurs, pour un rapport qu’ils auraient à régler devant leur conscience sont jetés en prison. « Mais ils donnent le mauvais exemple ! » Oui vraiment il pourrait venir à d’autres l’idée que l’État n’a pas à s’immiscer dans leurs rapports et ainsi la pureté des mœurs serait menacée de disparaître. Ainsi donc les héros de la foi religieuse sont pleins de zèle pour le Saint-Esprit quand ceux de la foi morale déploient leur activité pour le Saint Bien.

Les zélateurs des divers Sacro-Saints sont souvent bien peu semblables entre eux. Certes les orthodoxes stricts ou les Vieux-croyants ne ressemblent guère aux champions de la « vérité, de la lumière et du droit », aux philalètes, aux amis du progrès, aux gens éclairés, et cependant il n’y a aucune différence essentielle.

Que l’on ébranle des vérités particulières, issues de vieilles traditions (par exemple, les miracles, la puis-