Page:Sue - Le Juif errant - Tomes 9-10.djvu/154

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Dès lors, cette proposition jeta le père de Rose et de Blanche dans une cruelle perplexité ; car, pour tenter une entreprise aussi hardie, aussi dangereuse, il lui fallait encore abandonner ses filles ; si, au contraire, effrayé de cette séparation, il renonçait à tenter de sauver le roi de Rome dont la douloureuse agonie était réelle et connue de tous, le maréchal se regardait comme parjure à la promesse faite à l’empereur.

Pour mettre un terme à ces pénibles hésitations, plein de confiance dans l’inflexible droiture du caractère de son père, le maréchal alla lui demander conseil ; malheureusement le vieil ouvrier républicain, blessé mortellement pendant l’attaque de la fabrique de M. Hardy, mais préoccupé, même durant ses derniers instants, des graves confidences de son fils, expira en lui disant :

— Mon fils, tu as un grand devoir à remplir ; sous peine de ne pas agir en homme d’honneur, sous peine de méconnaître ma dernière volonté, tu dois… sans hésiter…

Mais, par une déplorable fatalité, les derniers mots qui devaient compléter la pensée du vieil ouvrier furent prononcés d’une voix éteinte, complètement inintelligible ; il mourut donc, laissant le maréchal Simon dans une