Page:Sue - Le Juif errant - Tomes 9-10.djvu/229

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


source, presque au-dessous de la statue de saint Jean le décapité.

Sur cette pierre, cette femme tombe, épuisée, haletante de fatigue.

Et pourtant, depuis bien des jours, bien des ans, bien des siècles, elle marche… marche… infatigable…

Mais, pour la première fois… elle ressent une lassitude invincible…

Pour la première fois… ses pieds sont endoloris…

Pour la première fois, celle-là qui traversait d’un pas égal, indifférent et sûr, la lave mouvante des déserts torrides, tandis que des caravanes entières s’engloutissaient sous ces vagues de sable incandescent…

Celle-là qui, d’un pas ferme et dédaigneux, foulait la neige éternelle des contrées boréales, solitude glacée où nul être humain ne peut vivre…

Celle-là qu’épargnaient les flammes dévorantes de l’incendie ou les eaux impétueuses du torrent.

Celle-là enfin qui, depuis tant de siècles, n’avait plus rien de commun avec l’humanité… celle-là en éprouvait pour la première fois les douleurs…

Ses pieds saignent, ses membres sont brisés