Page:Sue - Le Juif errant - Tomes 9-10.djvu/526

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par vos maléfices… un des membres de cette famille infortunée… je parvenais à m’emparer de ses restes avec un soin pieux… car, hélas ! ils doivent tous reposer dans le même sépulcre. Oh !… soyez maudit… maudit… maudit, vous qui les avez tués ;… mais leurs dépouilles échapperont à vos mains homicides.

Rodin… toujours attiré malgré lui, s’était peu à peu approché de la couche funèbre de Djalma ; surmontant sa première épouvante, le jésuite, pour s’assurer qu’il n’était pas le jouet d’une effrayante illusion… osa toucher les mains de l’Indien qu’il avait croisées sur sa poitrine… Ces mains étaient glacées, mais leur peau était souple et humide.

Rodin recula d’horreur… pendant quelques secondes, il frémit convulsivement ; mais sa première stupeur passée, la réflexion lui vint, et avec la réflexion, cette invincible énergie, cette infernale opiniâtreté de caractère qui lui donnaient tant de puissance ; alors, se raffermissant sur ses jambes chancelantes, passant sa main sur son front, redressant la tête, mouillant deux ou trois fois ses lèvres avant de parler, car il se sentait de plus en plus la poitrine, la gorge et la bouche en feu, sans pouvoir s’expliquer la cause de cette chaleur dévorante, il parvint à donner à ses traits altérés une ex-