Page:Sue - Le Juif errant - Tomes 9-10.djvu/527

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pression impérieuse et ironique, se retourna vers Samuel, qui pleurait silencieusement, et lui dit d’une voix rauque et gutturale :

— Je n’ai point besoin de vous montrer les actes de décès… les voici… en personne.

Et de sa main décharnée il désigna les six cadavres.

À ces mots de son général, le père Caboccini se signa de nouveau avec effroi, comme s’il eût vu le démon.

— Ô mon Dieu ! dit Samuel, vous vous êtes donc tout à fait retiré de lui ?… De quel regard il contemple ses victimes !…

— Allons donc, monsieur, dit Rodin avec un affreux sourire, c’est une exposition de Curtius au naturel… rien de plus… Mon calme vous prouve mon innocence. Allons au fait… car j’ai un rendez-vous chez moi à deux heures. Descendons cette cassette…

Et il fit un pas vers la console.

Samuel, saisi d’indignation, de courroux et d’horreur, devança Rodin, et pesant avec force sur un bouton placé au milieu du couvercle de la cassette, bouton qui céda sous cette pression, il s’écria :

— Puisque votre âme infernale ne connaît pas le remords… peut-être la rage de la cupidité trompée l’ébranlera-t-elle…