Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/134

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exemples ? Enfin, elle avait été vivement impressionnée par la découverte de ce manuscrit du colonel de Plouernel où, racontant sa rencontre étrange avec l’un des descendants de notre famille, fils de Joel, il donnait à son héritier quelques fragments de notre légende plébéienne. Ce regard rétrospectif jeté à travers les âges, l’iniquité originelle de l’odieux asservissement de la race conquise par la race conquérante, rendirent plus pénibles encore à Madame de Plouernel les extorsions, les violences sans nombre dont souffraient les vassaux de son mari, maux navrants qu’elle était presque impuissante à conjurer ou à soulager, les baillis n’obéissant qu’aux ordres inexorables de leur seigneur ; mais du moins elle ressentit et témoigna de tout son pouvoir une commisération inépuisable pour notre race déshéritée. Enfin elle trouva parmi les livres curieux, réunis par le colonel de Plouernel un ouvrage excellent sur nos origines, nationales et sur les traditions et les croyances druidiques, grâce auxquelles, ainsi que le disait Jules César, les Gaulois étaient délivrés du mal de la mort, en cela qu’ils considéraient la mort comme le signal d’une renaissance complète vers laquelle l’âme s’élançait radieuse et revêtue d’une nouvelle enveloppe. Cette foi à l’immortalité. de notre créature esprit et matière, la curiosité passionnée qu’éveille la pensée de ces incessantes migrations des êtres à travers des mondes inconnus et mystérieux, cette croyance enfin, si consolante aux cœurs écrasés sous le poids du présent, devint bientôt la seule croyance de madame de Plouernel et donna une sève plus puissante au développement de ses nobles qualités. Berthe de Plouernel, élevée au milieu d’une solitude presque complète par une mère qui l’adorait et qu’elle adorait, ayant en elle une créance absolue, s’assimilant les convictions, les croyances maternelles ; Berthe de Plouernel, naturellement douée d’un caractère fier et résolu, d’une âme loyale et tendre, d’un cœur pur et passionné, devait un jour penser, agir et parler ainsi qu’elle venait de le faire en apprenant les projets formés sur elle par sa tante et l’abbé Boujaron. Ceux-ci, consternés des nouvelles appor-