Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/139

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Malgré ses hautes fonctions de grand pensionnaire de Hollande, Jean de Witt, modeste dans ses goûts, vivait avec une simplicité extrême, cherchant auprès de sa femme et de ses deux filles, Agnès et Marie, de douces distractions aux labeurs, aux soucis de l’homme d’État ; à l’époque de ce récit, il atteignait sa quarante-huitième année ; sa taille élevée, sa physionomie à la fois douce et grave, son regard pensif et profond, donnaient à l’ensemble de sa personne un caractère imposant. Il était seul et écrivait dans son cabinet, vaste pièce aux murailles cachées par les rayons d’une bibliothèque remplie de livres. Au-dessus du manteau de la cheminée, on voyait le portrait du père de MM. de Witt, austère figure peinte dans le style de Rembrandt. Une table chargée de papiers était placée dans l’embrasure d’une longue fenêtre aux petits carreaux treillissés de plomb, de chaque côté de laquelle on voyait, placés sur des crédences, des instruments de physique, car le grand pensionnaire de Hollande était, ainsi que son frère, très-versé dans les sciences.

Jean de Witt, assis devant la table, pensif et attristé, écrivait à son ami l’amiral Ruyter cette belle lettre d’une simplicité antique, et où se dévoilait la trame infernale ourdie par les Orangistes contre Corneille de Witt :

« À monsieur l’amiral Ruyter

» Monsieur et bon ami, j’ai reçu la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 25 du mois dernier, pour me témoigner combien vous êtes affligé des blessures que j’ai reçues. Je m’en trouve à présent, grâce à Dieu, à peu près guéri ; trois sont cicatrisées ; la dernière, la plus profonde de toutes, paraît devoir se fermer bientôt. L’envie dont quelques méchants poursuivent notre famille a monté si haut en ces temps malheureux, qu’après avoir tenté de se défaire de moi par un assassinat, l’on tâche aujourd’hui de se défaire de mon frère, le ruart de Putten, par les voies de la justice. Vous aurez sans doute appris que le procureur fiscal l’a fait arrêter par