Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/140

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ordre des États de Hollande et l’a fait conduire ici, dans la châtellenie, où il est présentement gardé. Nous n’avons pu d’abord nous imaginer quelle pouvait être la cause, ou du moins le prétexte de cet emprisonnement ; nous savons aujourd’hui quel est le complot tramé contre mon frère. Ce complot, le voici : 


» Un chirurgien nommé Guillaume Tichelaar a dénoncé avec une hardiesse et une impudence inouïes mon frère, comme ayant voulu le corrompre par une grosse somme d’argent et le porter à assassiner M. le prince d’Orange ! Mon frère n’étant pas capable de concevoir le dessein d’un attentat si exécrable, et encore moins de l’exécuter, j’ai la ferme persuasion qu’ayant plu à Dieu de me délivrer comme par le miracle des mains des meurtriers qui me voulaient assassiner, il ne permettra pas que l’innocence soit victime de la calomnie et du mensonge ; mon frère échappera sans doute aux embûches qui lui sont tendues, ainsi que j’ai échappé aux poignards de mes ennemis.

» Tichelaar, le dénonciateur de mon frère, a été autrefois accusé, par lui, en sa qualité de ruart de Putten, devant le siège de la justice, de ce bailliage, d’avoir voulu violer une femme ; et pour ce crime, Tichelaar fut condamné à une peine infamante. Cet homme noté d’infamie aura voulu se venger de mon frère par une horrible calomnie ; nous savons d’ailleurs, de science certaine, les détails suivants :

» Il y a trois semaines, Tichelaar étant venu chez mon frère, à Dordrecht, demanda de lui parler seul à seul ; ma belle-sœur, sa femme, ayant reçu et fait entrer cet homme, mais craignant (d’après ce qui s’était passé contre moi) qu’il n’eût de mauvais desseins contre le ruart, commanda à l’un de ses domestiques de se tenir à la porte de la chambre et de prendre garde à ce qui se passerait, dans le cas où ce Tichelaar tenterait quelque mauvais coup contre mon frère. Ce domestique a affirmé sous serment devant les commissaires de la cour : — qu’étant ainsi posté près de la porte, il entendit Tichelaar offrir au ruart de lui déclarer quelques affaires secrètes ; à quoi mon frère répondit, connaissant Tichelaar pour un homme perdu :