Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/158

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éveillent la jalousie et la cupidité de nos voisins… puis l’existence de notre république, de plus en plus florissante, paisible, heureuse, indépendante, semblait à Louis XIV un funeste exemple pour ses peuples. Aussi, plus tard, soudoyant l’Angleterre, il la pousse à nous déclarer la guerre ; et loin de tenir la foi jurée, de nous assister de ses flottes considérables, il ne nous envoie pas un vaisseau… non, je me trompe… il nous en envoie un seul… un brûlot, et nous laisse aux prises avec les Anglais, trahison préméditée depuis longtemps, car j’ai su plus tard l’existence d’une convention secrète entre Louis XIV et le roi Charles II, conclue à cette époque et relative au partage des dépouilles de la république…

— Ah ! les pires larrons ne sont pas ceux-là qui rament sur les galères de Marseille ! — dit Serdan. — Ciel et terre ! qui nous délivrera des larrons couronnés !…

— Enfin, poursuivit Jean de Witt, — Louis XIV, levant le masque, nous déclare la guerre de concert avec l’Angleterre. Si injuste, si sauvage que fût cette agression, il lui fallait un prétexte ; ce prétexte, l’histoire pourra-t-elle le croire ? ce prétexte inouï fut celui-ci : On aurait frappé en Hollande une médaille représentant un nouveau Josué républicain arrêtant d’un geste insolent la marche du Soleil… royal emblème de Louis XIV ! Cette médaille du moins existait-elle ? avait-elle été fabriquée en Hollande ? Non ! jamais ! et notre ambassadeur en France l’affirma, le prouva d’une manière irréfragable. Il n’importe, le prétexte parut suffisant à Louis XIV ; il envahit les Flandres, porta dans nos provinces la guerre, le ravage et l’incendie… — Et répondant à un mouvement d’indignation de Nominoë, Jean de Witt ajouta : — Je vous disais tout à l’heure, mon enfant : le peuple a tort de croire à ma trahison ; mais cette erreur est excusable… mes actes semblent me condamner… Il en est ainsi ; il en devait être ainsi. Je subis la peine de l’odieuse trahison de Louis XIV ; et, franchement, lorsque la république m’a vu, moi, mon frère et nos amis, user de tout notre pouvoir pour la décider à