Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/160

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me rappellerait à lui, que j’irais, l’âme sereine, attendre son jugement… Telle est, mon enfant, la moralité de cette leçon… qu’elle vous affermisse encore dans les généreux principes que vous devez à votre père…

Au moment où Jean de Witt prononçait ces derniers mots, écoutés par Nominoë avec un profond recueillement, M. de Tilly entra précipitamment chez l’ex-grand pensionnaire de Hollande.


M. de Tilly, revêtu de son uniforme, portait les signes distinctifs du commandement : le hausse-col et l’écharpe ; il était très-pâle et tellement ému, que, frappé de l’altération de ses traits, Jean de Witt lui dit avec inquiétude :

— Mon ami, avez-vous donc à m’annoncer un malheur public ?

— Un grand malheur ! — reprit M. de Tilly d’une voit brisée, — un irréparable malheur !…

— De grâce, de quoi s’agit-il ? — reprit Jean de Witt. Et désignant du regard à M. de Tilly Salaün Lebrenn et son fils : — Ces messieurs sont compatriotes de Serdan… vous pouvez parler devant eux en toute confiance.

— Mon ami, — dit M. de Tilly, dominant à peine son trouble, — il faut quitter La Haye aujourd’hui… avant une heure, s’il se peut, et fuir de la ville incognito !

— Fuir ! — s’écria Jean de Witt avec stupeur, — fuir incognito ? comme un criminel, un coupable ?… Et pourquoi quitterais-je La Haye ?…

— Votre départ est indispensable… partez ! je vous en adjure, au nom de votre femme et de vos filles, partez !…

— Tilly, — reprit Jean de Witt, — j’ai quelque force d’âme… que je sache du moins la cause de vos alarmes !

— Oui, votre âme est forte… oui, vous supportez les coups du sort avec la sérénité de l’homme de bien… mais votre âme, si forte,