Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/165

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s’adressant à Corneille d’une voix tremblante : « — Ainsi, monsieur, vous ne voulez rien confesser ? — Épargnez-moi, monsieur, ces instances. Quant à la torture, faites ; mon corps est à vous… » répondit Corneille avec une dignité sublime. — Les juges, reculant devant une nouvelle barbarie, sachant d’ailleurs qu’elle ne vaincrait pas la force d’âme de votre frère, le firent délier de la table tortionnaire. Il fut reconduit dans sa prison, où bientôt le greffier des États vint donner connaissance à Corneille de la sentence portée contre lui, et dont voici copie, — ajouta M. de Tilly, tirant de sa poche un papier contenant cet arrêt, qu’il lut :

« La cour de Hollande, ayant vu et examiné les documents qui lui ont été délivrés par le procureur général de la Cour, contre et à la charge de maître Corneille de Witt, ancien bourgmestre de Dordrecht et ruart du pays de Putten, présentement prisonnier en la prison de ladite Cour, comme aussi son examen, ses confrontations, et ce qui a été dit par lui-même, déclare le prisonnier déchu de toutes ses charges et dignités, le bannit hors de la province de Hollande, sans pouvoir y jamais rentrer, sous peine d’une punition plus sévère, et le condamne aux frais de la justice. »

— Mais cet arrêt même prouve l’innocence de Corneille de Witt ! — s’écria Salaün Lebrenn ; — les juges, quoique dévoués au parti orangiste, ont reculé devant leur propre iniquité ! Ils n’ont pas seulement osé mentionner dans la sentence le crime de l’accusé ! alors que ce crime, s’il est avéré, emporte la peine capitale !

— Rien de plus juste que votre observation, — reprit M. de Tilly. — Aussi, après avoir écouté la lecture de l’arrêt, Corneille de Witt dit au greffier : « — Monsieur, si je suis un assassin, je mérite la mort ; si je suis innocent, je dois être mis en liberté, et mon accusateur puni ; j’appelle de cette sentence au grand conseil. — En ce cas, monsieur, répond le greffier, veuillez formuler votre opposition au bas de cet arrêt, et la signer. » — Corneille de Witt sourit amèrement, et montrant ses mains mutilées par la torture et