Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/170

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quée par madame de Witt. Elle fut aussi frappée de l’angoisse empreinte sur les traits des amis de son mari, et soudain, elle dit d’une voix altérée à Jean de Witt :

— Mon ami, j’avoue ma faiblesse… votre départ m’inquiète, sans que je sache pourquoi… et…

— Puisque vous ne savez pas la cause de cette inquiétude, cela prouve combien peu elle est fondée, ma chère et bien-aimée femme, — répondit Jean de Witt en souriant. — Adieu, fidèle amie, vaillante compagne des mauvais jours, adieu !… J’espère bientôt vous rapporter de meilleures nouvelles de mon frère…

— Jean ! — s’écria madame de Witt palissant, — accusez-moi de lâcheté, de folie… mais, malgré moi, mon cœur se brise… Ne sortez pas, je vous en conjure… ne sortez pas !

— Ah ! madame ! — dit vivement M. de Tilly, — vos pressentiments vous…

Jean de Witt interrompit M. de Tilly, dont il devenait la pensée secrète ; et dit d’une voix ferme et calme :

— Mon ami, le temps se passe et mon frère m’attend…

Le grand pensionnaire de Hollande accentua tellement ces mots, que M. de Tilly, ses amis et madame de Witt perdirent tout espoir de triompher de sa résolution. Il tourna involontairement un dernier et humide regard vers sa femme et ses enfants, puis sortit brusquement, suivi de M. de Tilly, de Salaün Lebrenn et de son fils.

— Le sort en est jeté, — dit à demi-voix M. de Tilly à ses amis, tandis que Jean de Witt, les précédant, descendait pensif l’escalier de sa demeure. — Suivez-le, veillez sur lui, tâchez de le défendre… Mon cheval m’attend près d’ici ; je vais rejoindre en hâte ma compagnie… nous défendrons jusqu’à la fin les abords de la prison…

— Comptez sur nous, — répondit Serdan. — Ce que trois hommes déterminés peuvent faire, nous le ferons… Puissions-nous sauver Jean de Witt !