Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/205

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douces gens ! Mais bah ! vidons la tonne, le saloir et la huche ! ce qui est bu et mangé n’est pas saisi !

— Tankerù ! tu dis toujours : Nous sommes de bonnes gens ! — reprit le vieux paysan. — Tu entends par là que nous sommes des sots de nous laisser tondre à vif et à sang ; mais que veux-tu que nous fassions ?…

— Oui… oui… — reprirent grand nombre de voix, — que faire… que faire ?…

— Ah ! mes compères ! vous demandez que faire ?

— Oui… oui… — répondirent les paysans tous ensemble, — que veux-tu donc que nous fassions ?

Tankerù, avisant accrochée au mur une vieille couple à bœufs dégarnie de ses ferrures, prit ce joug, le montra aux vassaux, le brisa d’un coup sur son genou, et dit en jetant à ses pieds les débris de la couple :

— Voilà ce qu’on fait !…

Ces brèves paroles, l’énergique expression des traits du forgeron produisirent sur les vassaux une sorte de commotion soudaine, irrésistible. Tous se levèrent brusquement en serrant les poings d’un air menaçant, et quelques-uns foulèrent sous leurs talons avec une sorte de rage les morceaux du joug brisé par Tankerù. Celui-ci, voulant laisser ses hôtes sous l’influence des réflexions que cet incident devait éveiller dans leur esprit, leur dit :

— Je monte là-haut voir si ma fille est prête !… son fiancé ne peut tarder d’arriver !


Tina, fiancée de Nominoë, entourée de ses amies, de ses parentes qui, ainsi que sa grand-mère, l’aidaient avec un affectueux empressement à achever sa modeste toilette de mariée, était assise au milieu d’elles, dans la chambre de son aïeule. L’on ne pouvait imaginer plus charmante, plus mignonne créature que la petite Tina, ainsi