Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/206

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que l’appelaient familièrement ses compagnes ; ses blonds cheveux brillaient comme l’or au soleil ; ses yeux, plus bleus que le bluet, reflétaient la douceur de son cœur angélique ; tout respirait l’allégresse autour d’elle, et cependant ses traits délicats, remplis de candeur et de grâce, exprimaient une tristesse profonde… Hélas ! son regard humide, plongeant à travers le vitrail plombé de l’étroite fenêtre de la chambre, errait au loin, cherchant en vain depuis longtemps… bien longtemps déjà le cortège nuptial, à la tête duquel devait marcher son fiancé. Les compagnes de Tina, surprises de son accablement, échangeaient quelques mots à voix basse, tandis que l’aïeule tenait le ruban des fiançailles, blanc, rose et noir (le blanc signifiait l’innocence de la mariée ; le rose, sa beauté ; le noir, ses regrets de quitter sa famille) ; tandis que l’aïeule s’apprêtait à nouer au front de Tina le ruban symbolique, celle-ci, sortant de sa pénible rêverie, le prit, le contempla silencieuse et, montrant du doigt la couleur noire, dit avec un soupir navrant :

— Grand’mère ! voilà comme mon ruban de noces devrait être en son entier… noir… noir comme l’aile du corbeau !

— Encore ce souvenir de mauvais présage ! — reprit l’aïeule d’un ton d’affectueux reproche. — Avoir de tristes pensées en un si beau jour, c’est offenser Dieu.

— C’est écouter Dieu, grand-mère ! Dans sa bonté, il nous envoie les présages pour nous préparer aux malheurs ! — répondit Tina pensive et accablée. — Ce matin, à l’aube, je me suis mise à la fenêtre, le soleil se levait à peine, et déjà… déjà je regardais du côté de Mezléan ; j’ai vu arriver par là, volant à tire-d’aile, un corbeau ; bientôt il a plané au-dessus de notre maison. Il jetait son cri sinistre… Une petite tourterelle, nichée dans le grand pommier qui ombrage le puits, chantait doucement ; dès qu’elle a entendu les cris du corbeau, elle s’est blottie sous les feuilles. Lui, l’a vue, il a fondu sur elle ; alors, pour lui échapper, elle a voleté en tournoyant et descendant vers la margelle du puits, elle y est tombée et