Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/209

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route, précédé du Baz-valan, monté sur son petit cheval blanc et tenant à la main un rameau de genêt fleuri. À ce moment, Tankerù entre dans la chambre en disant gaiement : — Alerte ! voici le cortège… Es-tu prête, fillette ? quoi ! ton ruban de fiancée n’est pas encore noué dans tes cheveux ? — Et remarquant seulement alors la pâleur de Tina, les traces récentes de ses larmes, le forgeron s’adressant à l’aïeule d’un air inquiet, alarmé : — Ma mère ! que s’est-il passé ? ma fille pleure… en un jour comme celui-ci !

— Bon père ! — répondit Tina, dont les joues rondes et pures redevenaient de moment en moment plus roses, — j’étais coupable, j’étais folle ! Ce matin, un mauvais présage m’a attristée malgré moi. Le cortége tardait à paraître… je croyais que Nominoë me délaissait.

— Feu et flammes ! — s’écria le forgeron, dont la rude figure prit une expression terrible, — un tel outrage ! ! je… — Mais s’interrompant et s’adressant à sa fille avec un accent d’affectueux reproche, — c’est toi, chère enfant, qui, sans y songer, outrages Nominoë et son père, le frère de ta mère, en les croyant capables de manquer à leur parole !

— Ami Tankerù, on t’attend, — dit l’un des paysans en entrant. — Le Baz-valan vient de descendre de cheval ; il a déjà frappé deux fois à la porte de la maison. Le cousin Madok, en sa qualité de Brotaër, va répondre à Paskou-le-Long. Ils sont aussi malins l’un que l’autre : les réponses vaudront les demandes !

— Vite, vite, petite Tina ! — reprit l’aïeule, — que je noue ton ruban de fiancée sur ton front… Le Brotaër va tout à l’heure t’appeler.

— Oh, grand-mère ! le Brotaër ne m’appellera pas deux fois ! — reprit Tina tendant à son aïeule son front virginal, et toute joyeuse, toute vermeille de bonheur, elle leva au ciel ses doux yeux, naguère voilés de tristesse et alors brillant doucement comme le bluet trempé de la rosée du matin.