Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/21

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le voir tenir le sceptre de la France et régner sur eux, ou bien qu’il établît en France quelqu’un de sa postérité, ou bien encore qu’il se choisît un gendre, que les catholiques recevraient pour roi, avec joie et amour ; ils désignaient, à ce sujet, au choix de Philippe II, le jeune duc de Guise, fils du Balafré. » — La missive était signée : Martin, docteur en théologie ; — Sanguin, chanoine de la cathédrale ; — Hamilton, curé de Saint-Côme [1]. Cette lettre infâme restera le monument éternel des exécrables vœux du parti catholique, aveugle instrument des jésuites. Dieu juste ! qui donc, sinon les disciples de Loyola, cet autre Espagnol, pouvait inspirer à des Français la pensée de demander pour roi Philippe II, l’ennemi implacable de la France ! ce monstre dont le fanatisme féroce épouvantait le monde ! Philippe II, le meurtrier de son fils don Carlos ! L’anarchie, le chaos, étaient alors en France à leur comble ; il y avait alors quatre rois, chacun intronisé par ses partisans : — Henri IV, — Charles X ( le duc de Mayenne), — le jeune cardinal de Bourbon, — et le duc de Guise (fils du Balafré), chef des plus fougueux des Seize. En 1592, Henri IV, après des succès balancés par des défaites, entre en Champagne et prend Épernay. En 1593, Philippe II cède à l’appel des catholiques et envoie en ambassade solennelle à Paris le duc de Frias réclamer, au nom de son maître Philippe II, la couronne de France en faveur de l’infante d’Espagne, née d’Elisabeth de France, fille aînée du roi Henri II. Au moment d’accomplir ce grand forfait, ce parricide : livrer la mère-patrie à Philippe II, une fraction du parti catholique éprouve un remords tardif ; la Ligue, divisée sur cette question, commence de tomber en dissolution. Paris, la France entière, depuis si longtemps surexcités, fanatisés par le clergé, éprouvaient alors cette prostration qui succède aux fièvres ardentes ; la misère était horrible dans toutes les classes. Cinquante années de guerres religieuses avaient couvert la France de ruines ; et

  1. Journal-Registre de l’Étoile, p. 63.