Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/237

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sant retracer l’image de ceux de ses ancêtres qui vivaient durant les cinq premiers siècles de la monarchie franque, imposée à la Gaule par la conquête. Ces portraits, sinon ressemblants, portent du moins le costume de leur époque. Le premier des Neroweg, leude de Clovis et comte au pays d’Auvergne par le droit de son épée, était représenté dans toute la barbarie du sauvage accoutrement du guerrier frank : cheveux teints d’une couleur cuivrée, reliés au sommet de la tête par un nœud de cuir et retombant sur les épaules comme une queue de cheval, longues moustaches rousses, menton rasé, physionomie farouche ; le buste était à demi couvert d’une sorte de dalmatique de peaux de bêtes, et le guerrier appuyait sa main sur sa framée. Parmi cette longue succession de portraits, l’on remarquait un cadre vide, recouvert d’un crêpe noir. L’image absente était celle du colonel de Plouernel, grand homme de bien et l’un des plus vaillants capitaines des armées protestantes au seizième siècle. Mais l’arrière-petit-fils du colonel l’avait retranché de sa famille, flétrissant en lui le huguenot rebelle à son roi et à l’Église de Rome. La galerie de portraits conduisait à un salon, au-delà duquel se trouvait l’appartement de madame du Tremblay, tante de M. de Plouernel.

La marquise était toujours autant femme de cour et hautaine que lors de son voyage à La Haye ; elle s’entretenait alors confidemment avec l’abbé Boujaron. Il semblait pensif et gardait le silence.

— Enfin, l’abbé, — lui dit la marquise, — ce résumé de la situation, quel est-il ?

— Le voici, — répondit l’abbé après s’être recueilli un moment : — J’ai voulu me remémorer l’enchaînement des faits qui remontent notre maudit voyage de Hollande, où nous avons failli être mis en pièces, mais où du moins nous avons eu la satisfaction d’apprendre le massacre de ces deux républicains hérétiques, les frères de Witt. Enfin, nous avons pu échapper à la fureur populaire déchaînée contre le parti français, quitter La Haye, gagner le port de Delft, grâce à ce Serdan (véritable scélérat nonobstant…), et monter à bord