Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/264

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insisté sur ces souvenirs ? C’est afin de vous faire comprendre quelle impression profonde, ineffaçable, ont dû causer à ma mère, puis à moi… ces récits contenus dans le manuscrit du colonel de Plouernel ! Oui, jugez de ce que nous avons dû ressentir, surtout en apprenant que l’un des descendants de cette famille de race gauloise se trouvait de nos jours vassal de la seigneurie de Plouernel, dans le domaine de Mezléan !… — « Ah ! mon enfant, — me disait ma mère, — n’est-elle pas providentielle cette révélation des iniquités, des barbaries commises de siècle en siècle par la noble famille de ton père sur cette pauvre famille vassale ? Une telle révélation ne doit-elle pas nous enseigner l’expiation, la réparation de tant d’iniquités, de tant de barbaries séculaires ? Hélas ! si j’avais ici quelque pouvoir, j’appellerais près de nous les descendants de cette famille, aujourd’hui nos vassaux… eux qui doivent tant nous haïr !… et je m’efforcerais d’apaiser leurs ressentiments par mes bienfaits, par les plus douces, par les plus délicates consolations… »

— Oh ! cœur généreux ! — s’écria Nominoë attendri jusqu’aux larmes, — comment, élevée par une telle mère, ne seriez-vous pas digne d’elle, mademoiselle Berthe !

— Je n’oublierai jamais ses leçons, ses exemples. Enfin, lorsqu’une maladie imprévue frappa ma mère, nous étions sur le point de nous rendre, elle et moi, à Mezléan, pour y visiter le métayer Gildas Lebrenn, qui, je l’ai su depuis, est le frère de votre père… Ce voyage n’eut pas lieu… je perdis ma mère… je dus quitter la Bretagne ; je vins habiter Versailles avec ma tante. Vous avez su peut-être, par votre ami M. Serdan, le but qu’à mon insu l’on se proposait en me conduisant en Angleterre ?

— Oui, mademoiselle… C’est ainsi que M. Serdan a pu juger de l’élévation de vos sentiments, dont, comme lui, nous avons, mon père et moi, été vivement frappés. Aussi, lorsque, apprenant plus tard que la personne à qui nous avions eu le bonheur de rendre service était mademoiselle de Plouernel…