Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/266

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Nominoë devint plus pâle encore qu’il ne l’était, baissa la tête et murmura d’une voix tremblante, éperdue, passionnée :

— Je vous aime !…

— Moi aussi, Nominoë… je vous aime !… — répondit mademoiselle de Plouernel d’une voix solennelle. — Oui, — reprit-elle, le front haut et serein, — je vous aime… Cet aveu, je le fais avec orgueil !

— Joies du ciel ! — s’écria le jeune homme tombant à genoux les mains jointes devant Berthe, — vous m’aimez… Je ne suis pas le jouet d’un songe !… vous m’aimez !

— Oui, je vous aime loyalement, vaillamment, je vous le dis sans rougir, parce que je vous crois digne, parce que je vous sais digne d’un pareil amour, Nominoë ! Joies du ciel ! avez-vous dit… Ah ! vous avez bien dit… nos joies seront célestes ! et non terrestres… notre avenir est sombre ici-bas… mais ailleurs… mais là, où, selon la croyance de vos pères, nous allons revivre corps et âme… notre avenir resplendira… Vous cherchez le sens de mes paroles, Nominoë ! Relevez-vous… asseyez-vous là près de moi, et m’écoutez…


Nominoë, partagé entre le doute et l’espérance, enivré par l’aveu de mademoiselle de Plouernel, découragé, presque effrayé par ses dernières paroles, se releva silencieux et s’assit près de Berthe qui reprit :

— Lorsque, pour la première fois, je vous ai vu, c’était au milieu d’une tempête. Elle allait briser notre vaisseau sur les côtes de Hollande. Conservant ma liberté d’esprit, malgré le danger… parce que je ne crois pas à la mort… je suivais votre hardie manœuvre avec un inexprimable intérêt, admirant votre généreux dévouement, touchée de votre extrême jeunesse ; et quelques moments après le sauvetage de notre vaisseau, je pouvais apprécier votre esprit, la dignité de votre caractère par le bon goût de votre réponse à propos de l’humiliante rémunération que vous offrait l’abbé, notre compagnon de