Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/282

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quel il était dans une inquiétude mortelle depuis le jour de sa disparition, le jour des fiançailles de Tina. Serdan observait d’un regard curieux et défiant cette femme masquée qui se trouvait tête à tête avec Nominoë, non loin de l’une des portes du parc du château de Plouernel. Salaün, rassuré sur le sort de son fils, allait donner cours à sa douloureuse indignation ; mais la présence de l’inconnue masquée le contint, et tout en se demandant avec anxiété quelle était cette femme, quels rapports pouvaient exister entre elle et Nominoë, il dit à ce dernier d’une voix brève, accompagnant cet ordre d’un geste d’autorité :

— Suivez-moi, mon fils !…

— Mon père, veuillez m’indiquer où je pourrai vous rejoindre, et à la fin du jour… je…

— Suivez-moi sur l’heure… — reprit impérieusement Salaün, — venez à l’instant !

— Il m’en coûte de vous refuser… mais en cet instant, mon père, je ne saurais vous accompagner, — répondit Nominoë se rapprochant de Berthe. — Je ne puis laisser madame seule… plus tard, je vous obéirai…

— Vous osez…

— Mon père, n’insistez pas, ce serait inutile…

— Ciel et terre ! — s’écria Salaün, mis hors de lui par le refus de son fils, — homme sans entrailles, sans foi, sans honneur !…

— Oh ! assez, par pitié, mon père !… — reprit d’une voix sourde Nominoë, pâlissant de douleur et de colère en s’entendant outrageusement traiter par son père en présence de mademoiselle de Plouernel.

Mais celle-ci, saisissant la main du jeune homme, lui dit tout bas d’un ton suppliant : — Silence… respectez votre père… obéissez-lui.

— Lebrenn, de grâce, calmez-vous… — ajouta Serdan, continuant d’observer Berthe attentivement. — Il est imprudent, devant une étrangère, de…

— Cette étrangère ? — s’écria Salaün, interrompant son ami, —