Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/284

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Mais, ne doutant plus de l’amour qu’elle inspirait à Nominoë, il comprit ainsi la cause des irrésolutions de son fils le matin même de ses fiançailles et pourquoi il avait fui éperdu, alors que le cortège nuptial se rendait au temple. Puis à ces réflexions succéda cette pensée : — Son fils aimait une fille des Neroweg ! une descendante de cette race tant de fois maudite, à travers les âges, par les descendants de Joel ! — Et cependant, la beauté touchante, les larmes, l’humilité de mademoiselle de Plouernel, prosternée à ses pieds, émurent Salaün malgré lui, surtout lorsque Berthe lui dit d’une voix navrante :

— Ah ! croyez-moi, monsieur, j’ignorais la mort de la fiancée de Nominoë lorsque, tout à l’heure, je le dis sans rougir… je lui offrais ma main.

— Vous ? — s’écria Salaün, croyant à peine ce qu’il entendait ; — vous, mademoiselle !…

— Cette union d’un fils de Joel et d’une fille de Neroweg devait, à mes yeux, expier, réparer les iniquités séculaires dont ma famille a accablé la vôtre… Monsieur, cette union eût en nous à jamais réconcilié la race des oppresseurs et celle des opprimés !…

— Ah ! c’est beau !… c’est grand !… — s’écria Serdan, frappé des paroles de Berthe. — Noble et généreux cœur, il ne se dément pas !…

Salaün, partageant l’impression de son ami, restait silencieux et pensif ; Nominoë, toujours agenouillé près de Berthe et anéanti par la mort de Tina, osa pourtant lever un regard éploré, suppliant vers son père ; ce regard semblait dire : — Suis-je donc si coupable d’aimer mademoiselle de Plouernel ?…

Berthe reprit, s’adressant à Salaün :

— C’est à genoux, monsieur, que j’ai voulu vous faire l’aveu d’un amour dont cependant j’étais fière ! Mais, hélas ! cet amour a causé la mort d’une innocente enfant ! aussi est-ce à genoux que j’ai voulu vous demander pardon de ce malheur, puisque, à mon insu, juste ciel ! à ce malheur je n’ai pas été étrangère !… Et maintenant, debout, Nominoë ! — ajouta Berthe en se relevant avec dignité, — votre