Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/285

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père, je n’en saurais douter, m’a rendu son estime. De cette estime, je vous sais gré, monsieur, je ne la démériterai pas, — ajouta la jeune fille, répondant à un mouvement approbatif de Salaün. Et se tournant vers Nominoë, qui s’était aussi relevé, elle reprit d’une voix contenue, résignée, s’efforçant de dominer les déchirements de son âme : — Notre mariage, votre père l’approuvât-il, est désormais impossible, Nominoë ! Le souvenir, l’ombre de cette malheureuse enfant serait toujours entre nous deux — ajouta Berthe en frémissant. Puis, avec un sourire poignant : — Courage, ami ! grâce à Dieu, notre vie ne se borne pas à celle de ce monde-ci ! non ! Aussi, en ce moment où je me sépare de vous, je ne vous dis pas adieu, mais à revoir, Nominoë !… Peut-être, quoique bien jeune encore, je vous précéderai dans l’un de ces mondes mystérieux où m’attend ma mère… et où est allée revivre cette douce enfant qui vous fut fiancée !… Ah ! du moins, je pourrai sans crainte affronter leur regard, je leur dirai tout… Et le jour où, abandonnant cette terre, vous viendrez nous rejoindre, nos cœurs à toutes trois voleront au-devant du vôtre !… Au revoir donc, ami ! Ah ! mes prévisions ne m’ont pas trompée ! Je vous le disais, pour être de ce monde, mon amour s’inspirait de sentiments trop célestes ! venu de là-haut, il remonte à sa source divine !… — Et Berthe montra le ciel avec un geste d’une simplicité sublime.

Nominoë, son père et Serdan écoutaient mademoiselle de Plouernel avec une émotion inexprimable, lorsque Madok-le-Meunier sortit du souterrain du donjon, regardant çà et là autour de lui avec précaution ; il resta un moment immobile de surprise en voyant Serdan et Lebrenn s’entretenir avec mademoiselle de Plouernel, qu’il avait aperçue sur la route de Mezléan, le jour des fiançailles de Tina ; puis, jetant un sombre regard de reproche sur Nominoë, car il le rencontrait pour la première fois depuis la cérémonie nuptiale où il remplissait les fonctions de Brotaër, le meunier fit signe à Salaün de venir à l’écart et lui dit tout bas : — Que fait donc ici la demoi-