Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/299

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sublime qui… elle l’a dit… s’inspirait d’un céleste sentiment de justice et d’expiation, la fatalité veut encore que je me trouve, moi, fils de Joel, les armes à la main, face à face avec un fils des Neroweg, ainsi que tant de fois déjà nos pères se sont rencontrés à travers les siècles, et cela, au moment où Berthe m’offrait sa main, généreux gage de réconciliation entre nos deux familles !… Fatalité ! fatalité !… Que dis-je ? Non, je blasphème ! rien n’est livré au hasard aveugle dans tes décrets, ô Providence ! Tu proposes, mais l’homme dispose dans son libre arbitre ! Tu nous avais conduits, Berthe et moi, au-devant l’un de l’autre pour accomplir par l’amour l’union de deux races depuis si longtemps ennemies ! symbole d’espérance ! rayon divin qui éclaire les profondeurs d’un avenir de pardon, de concorde ! avenir prochain peut-être, où les descendants des Gaulois asservis et des Franks conquérants oublieront leurs discords séculaires dans une communion fraternelle !… De cet avenir, Berthe et moi serions les précurseurs ? pourquoi non ? L’homme ne porte-t-il pas en soi l’humanité entière ?… Chacun est le représentant de tous, tous de chacun ! … disait l’antique druide ; notre existence, infinie comme Dieu, toujours active, âme et corps, incessante comme la création, se compose de nos vies passées, de notre vie présente et de nos vies futures, solidaires les unes des autres par le bien et par le mal…

Et Nominoë, rappelé à la réalité, reprit en tressaillant :

— Le mal ?… J’ai fait le mal !… Mon délaissement a frappé Tina d’un coup affreux !… Ce n’est pas ta mort que je pleure, angélique enfant… à cette heure, tu revis plus angélique encore que par le passé !… Ce que je pleure, ce sont les souffrances de ton agonie ! là est ma faute ! là est mon crime !… Je devais, à mon retour de La Haye, sentant mon cœur dominé par un amour sans espérance, mais noble et pur comme celle qui l’inspirait, je devais faire un aveu loyal à mon père et à celui de Tina, être sincère envers elle, la déshabituer doucement, peu à peu, de sa pensée constante au sujet de notre mariage… cela se pouvait, elle était si jeune encore… à peine,