Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/301

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— Les vassaux ont attaqué le château… ils s’en sont rendus maîtres… ils y sont entrés !… Maintenant, ils l’incendient !… — s’écrie Nominoë. Puis, frappé d’une idée subite : — Grand Dieu ! et Berthe, que va-t-elle devenir ? qu’est-elle devenue ?…

Nominoë, en proie à une angoisse déchirante, s’élance vers la porte épaisse, garnie de ferrements ; en vain il essaye de l’ébranler à coups de pied, à coups d’épaule. Il redoublait d’efforts désespérés, lorsqu’il entend ces cris poussés par des gens qui courent et passent non loin du soupirail du cachot :

— Les prisonniers sont là… par ici… par ici !… — Allons les délivrer ! — Le feu gagne !…

— Soyez béni, mon Dieu ! je pourrai peut-être encore retrouver Berthe ! — s’écrie Nominoë. Il approche alors ses lèvres du guichet grillé pratiqué dans la porte et s’écrie : — Amis, à moi ! à moi !… — Puis il écoute ; et, au bout de quelques moments d’anxiété, il ajoute : — Les voici… ils accourent ! — Et criant de nouveau : — À moi, amis !… c’est moi, Nominoë… moi qui vous appelle !…

— Et moi, Tankerù, je t’ai entendu !… je viens… me voici !… — répond du dehors la voix du père de Tina, puis, à l’aide de la clef, laissée extérieurement à la serrure par le geôlier, le porte est ouverte, et le forgeron entre dans le cachot de Nominoë.


Tankeru est livide, sanglant ; il a reçu deux coups de baïonnette, l’un au bras, l’autre à la cuisse. Lorsque les soldats, à la voix du comte de Plouernel, ont chargé les six délégués des vassaux, seul, armé de son lourd marteau, arme terrible entre ses mains herculéennes, le forgeron a pu résister, abattant à ses pieds deux soldats ; puis, se faisant jour parmi les autres, quoique blessé, rejoignant les vassaux armés qui attendaient l’issue de l’entretien de leurs compagnons avec leur seigneur au sujet de son acceptation du code paysan, Tankerù, se mettant à la tête de la troupe, avait marché à l’attaque