Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/302

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du château. Sa porte était barricadée. Les forestiers, les soldats, les gens de la vénerie du comte, embusqués derrière les embrasures des fenêtres du rez-de-chaussée, dirigeaient un feu meurtrier contre les assaillants ; ils s’avancent résolument, ripostant de leur mieux à la fusillade. Grand nombre d’entre eux tombent mortellement frappés ; mais les survivants gravissent le perron, conduits par Tankerù. Il enfonce à coups de marteau la porte du vestibule ; un combat acharné, effrayant, s’engage alors dans l’intérieur des appartements entre les vassaux et les défenseurs du château ; ceux-ci succombèrent… Les paysans, exaspérés par le massacre de leurs compagnons et rendus furieux par l’ardeur de la lutte, songeant moins au pillage qu’à la dévastation, dont la sauvage ivresse les gagnait, avaient tout brisé, tout saccagé dans ce somptueux palais et mis le feu en vingt endroits aux tentures, aux rideaux, et ainsi incendié le château. Tankerù et plusieurs paysans s’étaient mis à la recherche de Salaün Lebrenn, de Serdan et de Nominoë. Un laquais fuyard, que l’on arrêta, indiqua le bâtiment dépendant des communs où se trouvait la prison, et offrit aux vassaux de les guider, les suppliait de lui laisser la vie ; ils l’épargnèrent. Il les conduisit à la geôle, sorte de cave pratiquée sous la fauconnerie, et Tankerù ayant entendu la voix du fiancé de Tina criant :

— À moi, amis !… c’est moi, Nominoë… moi qui vous appelle !…

— Et moi, Tankerù, je t’ai entendu !… je viens… me voici !… — avait répondu le forgeron. Et tandis que ses compagnons allaient à la recherche des deux autres prisonniers, il entra dans le cachot de Nominoë… Celui-ci, à l’aspect du père de Tina, oublie ses angoisses au sujet du sort de Berthe et recule frappé d’épouvante, comme si un remords vivant se dressait devant lui… Le forgeron, les traits contractés par la fureur, et le désespoir, s’élance, son marteau levé sur la tête de celui qu’il accuse de la mort de sa fille.

— Frappez ! — dit Nominoë immobile et baissant le front avec une résignation navrante, — frappez ! c’est votre droit !…