Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/308

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une tristesse profonde, à l’aspect de la scène de dévastation qu’ils n’avaient pu conjurer : — Oh ! mon fils ! oh ! mes amis ! j’en ai l’espérance, si nous eussions été libres, nous serions parvenus à empêcher ces actes de sauvagerie, funestes à notre cause ! Hélas ! il est trop tard ! Dieu juste ! par quelle loi mystérieuse et fatale la revendication du droit entraîne-t-elle donc toujours ces déplorables excès ? Ainsi, les vassaux du comte de Plouernel lui ont d’abord humblement exposé leurs doléances et leurs demandes, légitimes s’il en est, formulées dans le code paysan… Le comte, en se rendant à ces demandes, accomplissait un acte d’humanité, de justice, en conservant ses privilèges ; il jouissait toujours du fruit des labeurs de ses vassaux ; seulement, ainsi qu’ils disaient, il leur laissait sur le produit de leur travail une humble part suffisante à les faire vivre comme doivent vivre des créatures de Dieu… Non-seulement, en accédant à ces vœux, cet homme se serait montré équitable, mais intelligent de son propre intérêt, à ne considérer même, et cela est infâme ! à ne considérer même ses paysans que comme des bêtes de labour ! Ces malheureux, n’endurant plus ces privations homicides qui, avant de les tuer, épuisant peu à peu leur santé, leur force, les rendent incapables d’un travail vigoureux et soutenu, auraient produit davantage, auraient rendu plus fertile la terre seigneuriale, désormais certains de ne plus s’exténuer presque uniquement au profit de leur maître ! Mais non, dans son impitoyable égoïsme, le comte de Plouernel répond aux suppliques des paysans par le dédain, par l’outrage, par le meurtre ! Alors, ils deviennent furieux, enragés ; ils rendent coup pour coup, meurtre pour meurtre, se livrent à d’effroyables représailles, tuent leur seigneur, ravagent, incendient ce château ! Il en coûtera au frère du comte de Plouernel, pour réparer les désastres de cette seule nuit, vingt fois davantage que n’aurait coûté l’allégement de la taxe des vassaux pendant plusieurs années ! Hélas ! ce fait n’est pas un fait isolé dans l’histoire… Les seigneurs et les évêques n’ont-ils pas procédé de la sorte, au moyen âge, à l’égard de ces communes