Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/311

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quelles nouvelles va-t-il rapporter de là-bas ? L’on ne sait, à Mezléan, rien de ce qui se passe à cette heure en Bretagne. Une compagnie de soldats est entrée au bourg ce matin ; ils n’ont dû y trouver que des femmes, des enfants, de vieilles gens ou quelques habitants qui n’ont pas pris part à la révolte… — Et, frémissant à ce souvenir, Marion ajoute : — Ah ! quelle nuit ! quelle nuit ! que celle où les paysans ont assailli le château… J’ai cru ma pauvre Berthe à sa dernière heure quand je les ai vus envahir en armes notre appartement… mais point… « — Vous êtes notre bonne demoiselle, aussi bonne que votre frère est méchant, — ont-ils dit à Berthe ; — vous n’avez rien à craindre, demoiselle… Mais partez ! emportez tout ce que vous voudrez ; car nous allons ravager, brûler le château… Nous avons commandé à vos domestiques d’atteler une voiture ; elle vous attend… » — Alors mademoiselle a pris un petit portrait de sa mère, un coffret renfermant de l’or et des pierreries, le cahier écrit par le colonel de Plouernel ; moi, j’ai fait en hâte quelques paquets. Nous avons quitté le château… hélas ! en ce moment, l’on pendait M. le comte, M. l’abbé et ce sergent… « — Grâce ! grâce pour mon frère !… » — a crié d’une voix déchirante ma pauvre Berthe, tombant agenouillée sur le perron, du haut duquel elle voyait monseigneur le comte, pâle, sanglant, se débattre au milieu des vassaux qui l’entraînaient à la potence !… Il était trop tard… la voix de mademoiselle n’a pas été seulement entendue des paysans… enfin, nous sommes arrivées ici avec le cocher et un laquais ; le vieux Du Buisson nous escortait à cheval à la portière. Mademoiselle a renvoyé les gens avec des marques de sa générosité, ne gardant ici pour son service que Du Buisson et moi, aidés du concierge et de sa femme… Je tremblais de voir ma pauvre Berthe, après tant de secousses, retomber gravement malade ; mais, grâce à Dieu, je me suis trompée ! Elle a eu, pendant quelques jours, une fièvre violente résultant de la douleur et de l’effroi que lui a causés la terrible mort de son frère… puis, peu à peu, elle est revenue à la santé… Enfin, depuis