Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 2.djvu/328

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la ville, vont t’ôter tes vêtements… pour te fouailler comme tu le mérites !

Ce supplice indigne, si souvent subi par les femmes esclaves, Geneviève, grâce à la bonté des Dieux et de sa maîtresse, ne l’avait pas encore enduré ; aussi, dane son épouvante, elle ne put que joindre ses mains, les tendre vers son maître, et, suppliante, tomber à genoux.

Mais le seigneur Grémion, s’effaçant pour donner passage aux deux hommes restés sur la première marche de l’escalier, leur dit :

— Déshabillez-la !… fouaillez-la rudement jusqu’au sang… Elle se souviendra d’avoir assisté aux prédications de ce Nazaréen maudit.

Geneviève avait alors à peine vingt-trois ans, et son époux, Fergan, lui disait parfois qu’elle était belle. Elle fut, malgré ses pleurs, ses prières et sa résistance impuissante, dépouillée de ses vêtements, garrottée à l’un des piliers de la salle basse, et bientôt son corps fut sillonné de coups de fouet.

Elle avait d’abord espéré que la honte et l’horreur lui feraient perdre tout sentiment… Il n’en fut rien ; mais elle oublia la douleur des coups, en se voyant en proie aux regards de ses bourreaux… et en entendant les plaisanteries infâmes qu’ils échangeaient en la frappant…

Le seigneur Grémion, debout, les bras croisés, disait en riant avec méchanceté :

— Le Nazaréen ! ce fameux messie qui se mêle de prophétiser, t’avait-il prédit ce qui t’arrive, Geneviève ? trouves-tu qu’il ait eu raison de proclamer l’esclave l’égal de son maître ?… Par Jupiter ! je regrette maintenant de ne t’avoir pas fait fouetter au milieu de la place publique… C’eût été une bonne leçon donnée sur ton échine à ces bandits qui croient aux séditieuses insolences de leur chef et ami Jésus !

Lorsque les bourreaux furent las de frapper, l’un d’eux délia Geneviève, et son maître lui dit :

— Tu ne sortiras d’ici que dans huit jours ; durant ce temps, ma